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17/07/2019

Le Trip hop

Image : Caricatures des grands noms de la scène Trip hop
Caricatures des grands noms du Trip hop

Définir un genre musical, en général, c'est se lancer dans un truc casse-gueule où personne ne tombe jamais d'accord. Peut-être parce que, les artistes étant tous des névropathes cocaïnés ... euh ... habités par leur passion, on a du mal à les faire entrer dans des cases. D'ailleurs, même si tu y arrives, ils ont une fâcheuse tendance à changer de style et te glisser entre les doigts façon savonette mouillée. À propos du Trip hop en particulier, disons (pour faire simple) qu'il est né au début des années 1990 à Bristol (Angleterre). Partant de la rythmique hip-hop, le genre est influencé par de multiples courants : jazz, blues, electro, rock, dub et surtout musiques de films. Bien malin celui qui parviendra à dresser une typologie de tous les sous-genres qui ont été marqués par le Trip hop à un degré ou un autre. Il est cependant possible de dégager une démarche commune chez la majorité des zicos du mouvement. Il s'agit finalement toujours de provoquer des émotions relevant d'une expérience "transcendentale" (en terminologie jointesque courante, on dit "bien trippante") en employant des techniques prétendument "expérimentales" (bon, je me moque mais en même temps, après ce que les fondu(e)s des 60s-70s ont testé, va falloir se lever de bonne heure pour faire plus "expérimental" 'fin moi j'dis ça, j'dis rien ...), notamment en superposant de nombreuses pistes sonores carrément hétéroclites afin d'élaborer des mélodies souvent plutôt lentes, voire franchement mélancoliques.

Image: Massive Attack sur scène
Massive Attack sur scène

Au niveau de ce qui a touché le grand public, on peut notamment citer Massive Attack, dont le premier album Blue Lines sort en 1991 et rencontre un succès considérable au Royaume-Uni. En 1993, c'est Björk, Islandaise de son état (et accessoirement grave torpillée mais c'est une autre histoire) qui sort Debut. À l'époque, j'écoute l'album en boucle sur un vieux walkman dans le bus en allant à la fac tout en lisant Lolita. Le bouquin et l'album sont liés dans mon esprit à jamais (et j'imagine que là, Freud se tape des barres =) Au-delà des madeleineries proustiennes de cuisine, je me souviens distinctement d'un truc : personne alors ne parle de Trip hop. Pour moi en tout cas, Bjork, c'est juste de l'electro-un-poil-chelou-sur-une-voix-puissante-qui-a-mal-tourné : zéro conscience qu'il se passe quoi que ce soit sur la scène musicale. Même lorsque la sulfureuse Islandaise a tranquillou pécho Tricky (Pour info, Tricky, c'est juste le gars qui a fait ce truc-là), tout l'monde s'en battait le coquillard avec une pelle à tarte, vu que pas grand monde ne faisait le moindre lien. Et pourtant ...

Du coup, j'ai cherché à savoir quand le nom "Trip hop" commence à émerger. D'après la Wikipedia, en juin 1994, le critique musical Andy Pemberton emploie le terme dans le magazine Mixmag à propos de plusieurs singles dont In/Flux (1993) par un "certain" DJ Shadow (je mets des guillemets parce que c'est un des grands noms de la scène Trip hop que probablement les profanes ne connaissent pas, humour-décalage - De Greef toussa). De fait, ce morceau de 12mn+ condense un catalogue large et impeccablement sélectionné de samples pour produire un ensemble homogène et bigrement cohérent. Enfin, "bigrement cohérent" pour moi qui l'ai écouté en boucle longtemps hein. Parce que si on a pas l'habitude, je conçois que les oreilles puissent saigner un poil. Mais petit Mogwai, si comme à moi, il te faut de la variet' et du mainstream, persiste, lit encore un brin, parce que, comme d'habitude, si un truc a du succès, y aura toujours du monde pour y ajouter de l'eau tiède et en faire un machin marginalement écoutable. Et fuck la radical music \o/

Bref, t'as pigé : le début des années 90, c'est l'effervescence. C'est alors que surgit de nulle part Portishead avec Glory Box et leur album Dummy (1994). Les nombreux samples issus du cinéma des années 60/70 marquent les esprits ainsi que la critique qui évoque un style "film noir". En même temps, le label Ninja Tune contribue à faire émerger de nouveaux artistes qui vont définir le genre pour un bon bout de temps (en franglais correct, ca s'appelle "péter l'game").

Image: Skye Edwards, la chanteuse de Morcheeba
Morcheeba en concert

Le Trip hop est alors à son apogée et de nouveaux groupes font leur apparition à partir de 1995. Ils cherchent désormais à explorer de nouveaux espaces musicaux. Ils mélangent les influences et font évoluer le style dans tous les sens. C'est alors que j'écoute Gorecki de Lamb et Who can you trust de Morcheeba. Mais beaucoup d'autres groupes influencent le genre et le travaillent en profondeur : toujours d'après la Wikipedia, on a Bowery Electric, Esthero, Sneaker Pimps, Anomie Belle, Alpha, Jaianto, Mudville etc. Autant de groupes qu'il me reste à découvrir ... Je note toutefois qu'alors, je n'avais toujours pas entendu parler de Trip hop. Certes, je suis loiiiiiiin de la scène musicale en général et peut-être que le terme s'imposait déjà à ce moment-là, mais quand même ...

Au même moment, et précisément alors que le genre évolue, il se diffuse de plus en plus largement dans les canaux mainstream. Kylie Minogue herself, (scorbut ? malaria ?) se décide à abandonner son lucratif business plan de cruchette blondasse et sort Impossible Princess (1997). L'album, trop experimental pour le grand public mais trop grand public pour la scène elitistico-underground, ne fait certes pas date mais l'effort est notable. Bien entendu, fopadékoner et l'australienne revient illico à des ambitions plus réalistes, avec des vidéos vaguement sexy, pour faire des sous, comme tout le monde. Parallèlement, et dans le même but, les sons de Massive Attack se diffusent dans la pub et au ciné, pour le meilleur comme pour le pire.

Arrivent les années 2000 : le Trip hop est désormais mûr pour rejoindre les autres genres musicaux, y être incorporé et participer d'une évolution naturelle. Celle-ci semble désormais dictée par les groupes, les artistes eux-mêmes. En fonction des affinités, des rencontres, de nouvelles influences fécondes, de nouveaux sons (souvent inattendus) font leur apparition. Et c'est un incessant maelström, constructif et organique (en d'autres mots, c'est le bordel ...), où chacun se nourrit de l'autre et grandit des sons, des samples et de la sensibilité des voisins. Tout en générant une quantité respectable de brouzoufs, cela va sans dire. À ce petit jeu, certains s'en sortent particulièrement bien et le duo américain de Thievery Corporation, en aggrégeant downtempo, lounge, bossa nova et Trip hop, produit un son résolument personnel qui parvient à perpétuer l'héritage de l'âge d'or des nineties tout en le dépassant. Avec Culture of Fear, Thievery s'engage frontalement contre la politique sécuritaire de Bush après les attentats du 11/09. Signe de la bonne santé du mouvement, d'autres groupes gagnent en visibilité, à l'instar de Zero7, fondé en 1997 mais réellement reconnu à partir des années 2000. Au fond, cette décennie vient conforter un appétit pour ce genre musical qui, sur un tempo tranquille, aligne sans complexe ni agressivité, les expériences sonores les plus farfelues et les plus alambiquées.

Image : Le groupe HÆLOS sur scène
HÆLOS

Ce billet est rédigé en 2019 et il serait tentant de considérer que le Trip hop, désormais digéré par le courant musical global, n'est plus qu'un élément historique réservé au musicologue averti soucieux d'établir une chronologie musicale. Mais force est de constater que certains groupes continuent d'innover et n'en ont pas terminé avec l'école de Bristol. Le groupe HÆLOS constitue à cet égard une bonne illustration. Le Trip hop continue à produire des morceaux intéressants mais pas nécessairement très répandus. Et pour découvrir le genre aujourd'hui, le plus simple est probablement de s'en remettre à Youtube : lance une recherche "Trip hop 2019" dans le moteur de recherche et tu trouveras des dizaines d'heures de playlist pour expérimenter ce qui se fait de plus récent en termes de triphopperies ... Si un morceau t'accroche les esgourdes, identifie-le (la plupart des playlists YouTube proposent dans la description une liste détailée plage par plage, avec timestamp de début et de fin, ainsi que le nom du groupe et le titre du morceau). Il est alors bien facile de retrouver la majorité des singles du groupe concerné et de se faire une idée. Enfin, il existe le site web francophone Trip-Hop.net très ancien et toujours actif qui détaille les sorties et l'actu de la scène.

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20/06/2019

Challenge : devenir traducteur Debian ! (partie 1 ?)

Un écran d'ordinateur portable avec le mot Translate

C'était un soir d'été ... euh ... chaipatrop en fait, skoi la date de l'été déjà ?

* farfouille sur startpage *

Ah, merde, en fait nan, l'été c'est demain (du vendredi 21 juin au dimanche 22 septembre.

Je reprends ...

C'était le dernier soir du printemps, j'étais un poil désœuvré et j'errais comme une âme en peine sur le web à la recherche de vidéos des debconfs (ouais, je fais ca quand je suis désœuvré moi, pas toi ? Ah bon.) C'est alors que je suis tombé sur une présentation vidéo de la traduction francaise de Debian. Rien que ça \o/

Bon, alors, petit cadre contextuel sinon tu vas capter que dalle ...

Voilà pour le contexte. Alors, retour sur cette fameuse conférence ...

Ça s'appelle The French localization in the Debian project et c'est présenté par trois jeunes hommes séduisants, athlétiques et souriants, respectivement Thomas Vincent, Jean-Philippe Mengual et Alban Vidal.

Après une présentation du projet, nos conférenciers de choc entrent dans le détail de tout ce qu'il y a à traduire. Et bigre, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a du taf. Au vu de la complexité de la tâche, les difficultés ne manquent pas et nos trois compères les présentent très concrètement, appuyant leur propos sur de nombreux exemples tirés de la mailing list.

IL faut saluer un authentique effort pour présenter la réalité du travail de traducteur. On voit comment fonctionne la mailing list, on découvre le jargon employé ainsi que le processus de relecture et de traduction collectif.

Après une vingtaine de minutes, le propos de la vidéo s'oriente vers la question qui m'intéresse le plus : comment contribuer ?

Et le plus simple reste de commencer par contacter l'équipe afin de signaler les erreurs ou les traductions manquantes via la mailing liste ou sur IRC. Cela ne coûte rien ou pas grand chose et c'est extrêmement utile.

Pour ceux qui souhaitent s'engager davantage, on peut s'inscrire sur debian-l10n-french, lire les différents fils de discussion et y contribuer. C'est une première étape qui permet de se familiariser avec toutes les subtilités des intitulés, les procédures et, fondamentalement, ce en quoi consiste le travail de localisation.

J'ajoute que je trouve cette approche plutôt astucieuse de la part des conférenciers : c'est à la fois réaliste ("D'où tu d'viendrais Jedi avant d'avoir été Padawan toi ?") et en même temps rassurant ("J'vais pas m'taper la honte paske chais pas comment faire un espace insécable sur mon vim localisé en moldoslovaque bordel !").

De fait, après un peu de temps passé sur la liste, il sera sans doute plus aisé de passer à un rôle plus actif et de se lancer dans une traduction "à soi".

Bon, clairement, c'est une conférence intéressante que je recommande.

Et qui s'inscrit dans un projet plus large pour moi. Je ne savais pas trop quoi mettre dans mon blog, ben ayé, j'ai une idée : je vais rapporter par le menu comment je suis devenu contributeur au projet Debian en participant à sa traduction et tenter de me rendre utile en participant à l'effort collectif \o/

Aucune idée de comment tout cela va tourner : to be continued !

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02/06/2019

L'Histoire des Pingouins

Des pingouins armés

Bon, là, on est sur du machin qui date, genre début des années 2000. L'Histoire des Pingouins d'Antoine Bellot narre une guerre impitoyable : les Rebelles et leurs unices libres face à l'E-Empire, sorte d'Evil Corp vingt ans avant M.Robot. Et ma foi, c'est bien rigolo, une vraie petite madeleine de Proust.

Les Rebelles n'ont de cesse de pourfendre les neuneus qui trollent massivement Usenet. Mais pas que. Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines prennent surtout les risques les plus insensés pour combattre tout ce qui est proprio. Comme ça se passe à l'époque du bug de l'an 2000, le texte est bourré de références plus ou moins obscures qui déconcerteront probablement les moins de 20 ans (ça cause Mandrake, SLRN et autres tRoU dU cULz' hiDEouT toutes les deux lignes) mais, globalement, cela ne nuit pas à la compréhension du récit plus que ça. Allez, petit extrait pour se faire plaise ...

La vie au CaLUG était dure : on mangeait pas grand chose de bon, yavait pas la télé et pas beaucoup de filles. Tous les logiciels arrivaient par le feed d'Ether et il n'y avait pas beaucoup de jeux, sauf NetHack qui lui rappelait un pacman dessiné par un autiste avec des règles compliquées, mais le mail et l'irc marchaient bien. La nuit, les pilotes buvaient des bières noires en rigolant et yavait même des mecs vachement vieux qui foutaient plein de mousse sur leurs barbes. Ils avaient de drôles de pantalons en velours côtelé marron et des gros ventres, mais il étaient champions à r00twar, qui était une sorte de Quake sans règles au shell où tout le monde est root et tente de déconnecter l'autre et parfois ça allait vachement vite, même sur Untel386.

Absurde et jouissif, tout le monde en prend pour son grade : les débutants et leurs questions à la con, les gourous des eigthies désormais bedonnants qui n'ont pas contribué au libre depuis leurs années fac, les étudiants en info glandeurs, Microsoft et consors qui veulent exterminer le libre en diffusant des RedHat et autres Mandrake. Pour cela, ils n'hésitent pas à recourir aux tonnes de CD gratuits offerts en bundle dans des magazines d'info, forcément tous corrompus. Bref, j'en redemande et je recommande. Publié sous licence Demerdenzizicht, ce bijou reste accessible vingt piges plus tard et constitue un pan bien sympathique de la mémoire du Usenet FR. Pendant que vous y êtes, lisez également L'Île des Pingouins d'Anatole France, fort gondolant : Antoine Bellot y fait référence dans plusieurs chapitres, et ce n'est pas pour me déplaire :-)

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18/11/2014

The Endless River (Pink Floyd)

Couverture de l'album The Endless River
Jaquette de la galette
(photoshoperie bofbof imho)

Il est sorti il y a quelques jours et après un bon paquet d'écoutes, j'ai décidé que ce serait un bon candidat pour mon premier article de blog disons ... "non info". Alors déjà, de quoi on cause ?

Il s'agit du dernier album du groupe de rock psychédélique Pink Floyd formé dans les années soixante. Ouais ouais, je sais, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ... heu ... cinquante plutôt ... ne peuvent pas connaitre. Sauf qu'en fait, là, si : tout le monde connaît. Bref, je ne vous ponds pas un topo historique sur le Floyd, la Wikipedia l'a fait bien mieux que moi.

Toujours est-il qu'ils avaient pas mal disparu de la circulation, bien que les membres nous gratifient de temps à autre d'un album solo (j'ai bien aimé On an Island de Gilmour par exemple) et bien sûr des inévitables compils et autres remasters en blueray-de-caviar-de-peau-de-vison-final-cut-acoustic-unplugged. Ben oui, fô ben manger ma bonne dame. Mais bon, force est de constater que depuis The Division Bell, les fans n'avaient, eux, pas grand chose à grailler. Et comme cet album est sorti il y a près de vingt piges, j'te dis pas comment ils avaient la dalle. Seulement voilà, le groupe ne semblait pas décidé à revenir (à part pour rafler un peu de brouzoufs).

Pink Floyd dans les années 1970
Le Floyd original (sixties)

Depuis l'annonce de leur improbable retour pour cet ultime album, pas mal de gens, votre serviteur y compris, les attendaient au tournant. Faut dire que ça puait l'opération commerciale, surtout venant d'un groupe qui dénonçait le pognon à grands coups de "Money" tout en s'en mettant allégrément plein les fouilles. Sans compter les chamailleries perpétuelles entre les membres pour des broutilles à quelques millions de $$$. Bref, des stars du rock standards au fond, sauf que putain, leur musique m'a fait planer sévère, et ce sans fumer je précise pour Manu. J'ose même pas imaginer ce que les types qui se sont enquillés Ummagumma ou A Saucerful of Secrets en suçotant du LSD (voire plus si affinités) ont pu visiter niveau stratosphère.

De fait, la question n'était pas : "est-ce que ce sera commercial ?", vu que ça, on savait bien que oui. Non, il s'agissait plutôt de savoir si ce serait une déception ou pas. Or, les avis diffèrent avec (globalement) une presse mitigée et des fans contents. Alors bien sûr, la presse, c'est des cons et les fans, c'est des fanboys. Du coup, il ne me reste plus qu'à donner mon avis à moi, qui ne vaut rien mais t'es pas là pour l'oseille je suppose donc tout va bien.

Or donc, je me suis demandé : pourquoi est-ce que j'écoute Pink Floyd aujourd'hui ? Trois raisons :

Problème : je vois trois albums de Pink Floyd qui s'y prêtent bien (The Dark Side of The Moon, The Division Bell, The Wall). Donc forcément au bout d'un moment, je tourne en rond... Ben voilà ce que je peux dire de The Endless River : maintenant, j'en ai quatre. C'est un album très proche de Division Bell (il y a même un vieux sample d'Hawking dessus) et il est bien planant. Il est loin de l'esprit du Floyd du début des années soixante-dix (et en ce qui me concerne, c'est très bien comme ça, je laisse ce type de zik aux vrais mélomanes) et correspond bien au groupe durant les années quatre-vingt. Bref, rien de neuf mais précisément, je crois que c'est ce qu'on pouvait demander de mieux. Il aurait fallu un miracle pour que l'album soit bon et original en même temps. Bon choix, le Floyd.

Et so long, parce que là, je crois que c'est bien fini ...

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